Marchés Financiers

Ajustement de prix dans une cession : dette nette, BFR normatif et locked box

Une offre porte sur la valeur d'entreprise ; un vendeur encaisse la valeur des titres. Entre les deux, quatre mécanismes se négocient, et ils se préparent avant l'ouverture de la data room.

Le pont entre valeur d'entreprise et prix des titres

Exemple, en millions de dinars : valeur d'entreprise 10,0 ; dette financière nette 2,1 ; écart entre le besoin en fonds de roulement livré et le BFR normatif 0,3 ; investissements de maintien non réalisés 0,2 ; prix des titres 7,4. Le prix perd 26 % entre la lettre d'intention et le virement, sans qu'aucune partie n'ait agi de mauvaise foi.

L'EBITDA ajusté, base du multiple

Le multiple s'applique à un résultat normalisé, non au résultat de la liasse : éléments non récurrents, rémunération du dirigeant ramenée au marché, opérations avec les sociétés liées, loyer d'un local appartenant au cédant, charges personnelles, effet en année pleine d'un contrat signé ou perdu. Chaque retraitement se paie au multiple, et se démontre par une pièce. Un produit qui ne figure pas dans les comptes ne se retraite pas.

Dette nette et éléments assimilés

Au-delà des emprunts et découverts, la négociation porte sur ce qui se comporte comme une dette sans en porter le nom : dividendes votés non payés, passifs sociaux non provisionnés, dettes fiscales et sociales échues, litiges sous-provisionnés, affacturage, engagements d'investissement signés, retards fournisseurs. Symétriquement, la trésorerie nantie, bloquée ou logée dans une filiale à minoritaires n'est pas retenue.

Le BFR normatif

Le prix suppose une livraison avec un fonds de roulement normal. Définir la norme suppose de choisir la période, en général une moyenne sur douze mois glissants, de nettoyer la base de ses éléments non récurrents, de délimiter le périmètre pour éviter tout double compte avec la dette nette, et d'annexer la formule au contrat avec un exemple chiffré.

Locked box ou comptes de closing

La locked box fige le prix sur un bilan de référence passé, avec une clause de fuite, une liste de flux autorisés et un intérêt versé au vendeur pour la période intercalaire. Les comptes de closing ajustent le prix après la réalisation sur la dette nette et le fonds de roulement réels, avec un expert indépendant en cas de désaccord. La première donne la certitude, les seconds la précision.

Avant d'ouvrir la data room

Comptes des trois derniers exercices et situation intermédiaire, tableau des retraitements adossé aux pièces, détail de la dette et de ses clauses, calcul du BFR mois par mois sur vingt-quatre mois, inventaire des engagements, situation fiscale et sociale à jour. Un dossier préparé raccourcit la due diligence, et une due diligence courte protège le prix. Voir nos services de conseil en transactions et notre indice des multiples par secteur.

L'analyse complète

« On m'a proposé 10 millions de dinars pour ma société. » Trois mois plus tard, le cédant en encaisse 7,4. Rien d'irrégulier ne s'est produit : personne ne lui avait expliqué ce qui sépare le prix annoncé du prix réellement perçu.

Un acquéreur raisonne en valeur d'entreprise, c'est-à-dire en valeur de l'outil économique, indépendamment de la façon dont il est financé. C'est ce chiffre qui circule dans les discussions et qui reste en mémoire. Ce que le cédant perçoit à la signature est la valeur des titres, une fois retranché ce que l'entreprise doit et ajusté ce qu'elle apporte. Entre les deux, quatre mécanismes se négocient. Aucun n'est une ruse d'acquéreur : chacun répond à une logique. Mais ils se préparent, et ils ne s'improvisent pas en séance.

Le pont, chiffré

Reprenons l'exemple, en millions de dinars.

  • Valeur d'entreprise retenue : 10,0
  • Dette financière nette à la date de référence : - 2,1
  • Écart entre le besoin en fonds de roulement livré et le BFR normatif : - 0,3
  • Investissements de maintien non réalisés : - 0,2
  • Prix des titres : 7,4

Le prix perd 26 % entre la lettre d'intention et le virement, sans qu'aucune des deux parties n'ait agi de mauvaise foi.

Le point de départ : l'EBITDA ajusté

Le multiple ne s'applique pas au résultat publié dans la liasse, mais à un résultat normalisé : celui qu'un repreneur retrouvera réellement l'année suivante. Les retraitements usuels portent sur :

  • les éléments non récurrents : indemnité perçue, litige soldé, honoraires exceptionnels, sinistre ;
  • la rémunération du dirigeant, ramenée à un niveau de marché pour la fonction réellement exercée ;
  • les opérations avec les sociétés liées conclues à des conditions qui ne sont pas celles du marché ;
  • le loyer d'un local appartenant au cédant, aligné sur un loyer de marché ;
  • les charges personnelles portées par l'entreprise ;
  • l'effet en année pleine d'un contrat signé ou perdu en cours d'exercice.

C'est la ligne la plus rentable de toute la négociation, dans les deux sens : un retraitement de 100 mille dinars accepté sur un multiple de 6 vaut 600 mille dinars de prix. Encore faut-il le démontrer. Un retraitement se prouve par une facture, un contrat, un procès-verbal ou une attestation ; sans pièce, il ne sera pas retenu.

Une limite souvent mal comprise : un produit qui ne figure pas dans les comptes ne se retraite pas. Aucun acquéreur ne paie un multiple sur un chiffre d'affaires qu'il ne peut ni vérifier ni reproduire, et l'évoquer déplace immédiatement la discussion vers le risque fiscal.

Premier ajustement : la dette financière nette

On retranche les emprunts bancaires à moyen et long terme, les concours de trésorerie et découverts, les dettes de crédit-bail et de location-financement, les comptes courants d'associés et les intérêts courus. On ajoute la trésorerie disponible et les placements immédiatement mobilisables.

La négociation ne porte pas sur ces postes évidents. Elle porte sur tout ce qui se comporte comme une dette sans en porter le nom :

  • dividendes votés et non encore payés à la date de référence ;
  • passifs sociaux non provisionnés : indemnités de départ à la retraite, congés acquis, primes dues ;
  • dettes fiscales et sociales échues, échéanciers de paiement en cours, pénalités ;
  • litiges non provisionnés ou provisionnés en deçà du risque réel ;
  • affacturage et mobilisation de créances, qui anticipent un encaissement futur ;
  • engagements d'investissement déjà signés et non décaissés ;
  • retards de paiement fournisseurs, traités comme un financement déguisé.

La symétrie existe : toute la trésorerie n'est pas disponible non plus. Un acquéreur écarte les dépôts de garantie et comptes nantis, les soldes minimums imposés par une convention de crédit, la trésorerie logée dans une filiale dont la remontée suppose l'accord d'un minoritaire, et les encaissements de fin de période qui correspondent à des factures déjà dues.

Deuxième ajustement : le BFR normatif

Le prix suppose implicitement que l'entreprise est livrée avec le fonds de roulement nécessaire à son exploitation normale. Si, à la date de référence, le besoin en fonds de roulement est inférieur à son niveau habituel, c'est que l'on a encaissé plus vite ou payé plus lentement qu'à l'ordinaire : l'acquéreur devra reconstituer ce décalage sur sa propre trésorerie, et il le déduit du prix. L'inverse est vrai, à condition d'avoir défini la normale avant de signer.

Construire un BFR normatif défendable suppose quatre décisions :

  • la période : une moyenne sur douze mois glissants en général, plus longue si l'activité est saisonnière, pour qu'un mois atypique ne devienne pas la référence ;
  • le nettoyage de la base : retirer les éléments non récurrents, créance exceptionnelle, litige fournisseur, stock à rotation nulle, affacturage mis en place en cours d'année ;
  • le périmètre : dire clairement ce qui relève du BFR et ce qui relève de la dette nette, car un même poste ne peut pas être compté deux fois ;
  • la formule : l'annexer au contrat, ligne à ligne, avec un exemple chiffré appliqué à une date passée.

Le désaccord d'après-cession le plus fréquent naît d'une définition de BFR normatif rédigée en une seule phrase.

Troisième ajustement : les investissements de maintien

Une entreprise dont l'outil vieillit dégage mécaniquement plus de résultat à court terme, et l'acquéreur le sait. Machines amorties encore en service dont le remplacement est différé, maintenance lourde reportée, mise aux normes non engagée, parc informatique en fin de vie, véhicules au-delà de leur durée d'usage : ce rattrapage se chiffre et se retranche. Un cédant averti le documente lui-même, avec un échéancier, plutôt que de laisser l'autre partie l'estimer.

Locked box ou comptes de closing

Reste à choisir le mécanisme qui fige tout cela. Deux pratiques coexistent.

Dans une locked box, le prix est arrêté une fois pour toutes sur un bilan de référence historique, à une date passée. Il n'y a pas d'ajustement après la cession. Le vendeur garantit qu'aucune valeur n'est sortie de l'entreprise entre cette date et la réalisation, c'est la clause de fuite ; une liste limitative de flux autorisés est annexée au contrat, et un intérêt lui est versé pour la période intercalaire, puisque l'entreprise a produit des résultats pour le compte de l'acquéreur.

Dans des comptes de closing, le prix est provisoire à la signature, puis ajusté à partir de comptes établis à la date de réalisation, sur la dette nette et le fonds de roulement réels. Le contrat doit dire qui les prépare, selon quelles règles comptables, dans quel délai, et comment un expert indépendant tranchera les postes contestés.

CritèreLocked boxComptes de closing
Certitude du prixTotale dès la signatureConnue après la réalisation
Résultats entre les deux datesPour l'acquéreurPour le cédant
Travail après la cessionAucunComptes, revue, arbitrage éventuel
Risque de contentieuxFaibleRéel, concentré sur le fonds de roulement
Condition de réussiteDes comptes de référence fiables et récentsDes définitions écrites avec précision

La locked box suppose des comptes de référence auxquels l'acquéreur fait confiance. C'est précisément ce que produit une due diligence conduite tôt, du côté du vendeur.

Ce qu'il faut avoir prêt avant d'ouvrir la data room

  • les comptes des trois derniers exercices et une situation intermédiaire récente ;
  • le tableau des retraitements d'EBITDA, chaque ligne adossée à sa pièce ;
  • le détail de la dette : contrats, échéanciers, sûretés, clauses de changement de contrôle ;
  • le calcul du BFR mois par mois sur vingt-quatre mois, éléments non récurrents identifiés ;
  • l'inventaire des engagements : baux, litiges, garanties données, contrats clients et fournisseurs clés ;
  • la situation fiscale et sociale à jour, contrôles passés et en cours.

Un dossier préparé raccourcit la due diligence, et une due diligence courte protège le prix.

Les cinq erreurs qui coûtent le plus cher

  • Négocier un multiple avant d'avoir arrêté la base à laquelle il s'applique.
  • Signer une définition de BFR normatif en une phrase, qui produira un désaccord chiffré quand le rapport de force aura changé.
  • Laisser l'acquéreur découvrir les dettes assimilées : un poste révélé en due diligence pèse plus lourd que le même poste présenté spontanément.
  • Optimiser la trésorerie avant la date de référence : encaisser plus vite et payer plus tard se lit dans l'écart de BFR, et se déduit.
  • Traiter la fiscalité en fin de parcours : un passif identifié tard devient une garantie de passif, une séquestration de prix, parfois une renégociation.
MGI BFC établit les retraitements d'EBITDA, la dette nette et le BFR normatif, rédige les définitions à porter au contrat et assiste le cédant comme l'acquéreur pendant la due diligence. Voir nos services de conseil en transactions, notre indice des multiples de valorisation par secteur et notre guide céder son entreprise en Tunisie.

Article d'information générale rédigé par l'équipe Transaction Advisory Services de MGI BFC. Il décrit une pratique de marché et ne constitue pas un conseil : chaque opération appelle des définitions contractuelles propres.