Loi n° 2016-71 et décret n° 2018-417

« L'investissement est libre. » Et si l'administration se tait ?

La loi tunisienne de l'investissement tient en quatre mots pour le principe, et en six garanties pour l'investisseur étranger. Huit domaines restent soumis à autorisation. Et pour ceux-là, le texte prévoit quelque chose que presque personne ne sait : passé le délai, le silence de l'administration vaut autorisation, et une procédure existe pour la faire délivrer.

MGI BFC, cabinet d'expertise comptable et d'audit inscrit à l'Ordre des experts comptables de Tunisie et membre de MGI Worldwide, réseau classé parmi les 20 premiers mondiaux par l'International Accounting Bulletin, résume ici les six garanties que la loi n° 2016-71 du 30 septembre 2016 accorde à l'investisseur étranger en Tunisie, les huit domaines que le décret n° 2018-417 soumet encore à autorisation, et le délai au terme duquel le silence de l'administration vaut autorisation.

Ce que la loi garantit : six garanties, six articles

Elles figurent dans la loi n° 2016-71 du 30 septembre 2016, publiée au Journal officiel du 7 octobre 2016. Nous l'avons lue intégralement, et chaque garantie porte ici son article.

L'investissement est libre

La loi l'énonce en quatre mots. Les opérations d'investissement doivent se conformer à la législation relative à l'exercice des activités économiques, et un décret fixe la liste des activités qui restent soumises à autorisation. Hors de cette liste, le principe est la liberté.

Article 4 de la loi n° 2016-71

Vous ne pouvez pas être moins bien traité qu'un Tunisien

Dans des situations comparables, l'investisseur étranger jouit d'un traitement national non moins favorable que l'investisseur tunisien, pour les droits comme pour les obligations prévus par la loi.

Article 7 de la loi n° 2016-71

Vous êtes libre de transférer vos capitaux

L'investisseur est libre de transférer ses capitaux à l'étranger en devises, conformément à la législation des changes en vigueur. Et lorsque ce transfert nécessite une autorisation de la Banque Centrale de Tunisie, la loi renvoie à son article 4 : la règle du silence valant autorisation s'y applique aussi.

Article 9 de la loi n° 2016-71

Vos biens sont protégés, et l'expropriation est encadrée

La protection des biens de l'investisseur et de ses droits de propriété intellectuelle est garantie. Les biens ne peuvent être expropriés que pour cause d'utilité publique, conformément aux procédures légales, sans discrimination fondée sur la nationalité, et moyennant une indemnité juste et équitable.

Article 8 de la loi n° 2016-71

Vous pouvez acquérir ou louer vos locaux

L'investisseur est libre d'acquérir, de louer ou d'exploiter les biens immeubles non agricoles pour réaliser ou poursuivre son investissement direct, sous réserve du code de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme. La réserve porte sur le caractère non agricole du bien.

Article 5 de la loi n° 2016-71

Vous pouvez faire venir vos cadres, dans certaines limites

Toute entreprise peut recruter des cadres de nationalité étrangère dans la limite de 30 % du nombre total de ses cadres jusqu'à la fin de la troisième année, puis de 10 % à partir de la quatrième. Dans tous les cas, l'entreprise peut recruter quatre cadres étrangers. Au-delà, une autorisation du ministère chargé de l'emploi est requise.

Article 6 de la loi n° 2016-71

Ce qui reste soumis à autorisation : huit domaines, et une liste exclusive

Le décret n° 2018-417 du 11 mai 2018 fixe, à son annexe 1 et de façon exclusive, la liste détaillée des activités économiques soumises à autorisation. Le mot compte : les activités qui n'y figurent pas ne sont pas soumises à autorisation. Les huit domaines concernés sont les suivants.

  • Ressources naturelles et matériaux de construction
  • Transports terrestre, maritime et aérien
  • Banques, finance, assurance et marché financier
  • Industries dangereuses ou polluantes
  • Santé
  • Éducation
  • Télécommunications
  • Certaines activités commerciales et de services

Nous nous arrêtons volontairement au nom des domaines. Le détail figure à l'annexe 1, modifiée par le décret présidentiel n° 2022-317 du 8 avril 2022, dont nous n'avons pas lu la version consolidée. Nous ne dirons donc jamais, sur la base de cette page, qu'une activité donnée est libre ou soumise à autorisation.

Les délais d'instruction

RégimeDélaiCe que dit le texteArticle
Cas général60 joursÀ défaut de délai indiqué aux annexes 1 ou 3 du décret, le délai d'octroi est de soixante jours.Article 6 du décret n° 2018-417
Intervention d'une autre autorité90 joursLorsque d'autres autorités doivent intervenir, l'examen peut être suspendu pour une durée ne dépassant pas quatre-vingt-dix jours. Si l'autorité consultée ne répond pas, l'autorité saisie statue sur la base du dossier.Article 6 du décret n° 2018-417
Approbation du Conseil supérieur de l'investissement180 joursLorsque l'approbation du Conseil supérieur de l'investissement est requise, le délai est de cent quatre-vingt jours à compter du dépôt.Article 6 du décret n° 2018-417
Transfert de devises à l'étranger90 joursLa Banque Centrale de Tunisie statue sur les demandes de transfert de devises à l'étranger dans un délai maximal de quatre-vingt-dix jours à compter du dépôt. À défaut, la procédure de recours s'applique.Article 7 du décret n° 2018-417

Quand l'administration se tait

Le silence vaut autorisation. L'article 4 de la loi le prévoit, et l'article 9 du décret organise la procédure, étape par étape.

  1. Vous saisissez l'Instance tunisienne de l'investissement : Passé le délai de réponse, vous pouvez la saisir. C'est elle, et non l'administration silencieuse, qui prend le relais.
  2. L'Instance interroge l'administration (5 jours de travail) : Elle lui demande des éclaircissements dans un délai maximal de cinq jours de travail.
  3. L'administration doit répondre (10 jours de travail) : Elle dispose de dix jours de travail à compter de la réception. Si elle ne répond pas, l'Instance tranche sur les données disponibles.
  4. L'Instance accorde l'autorisation (20 jours de travail) : Si le silence est établi, elle accorde l'autorisation dans un délai de vingt jours de travail.
  5. Les parties sont informées (5 jours de travail) : L'Instance en informe les parties dans un délai maximal de cinq jours de travail.

Deux limites à connaître. Le mécanisme ne s'applique ni aux autorisations délivrées par les instances compétentes, Banque Centrale, Conseil du marché financier et Comité général des assurances notamment, ni aux activités que l'annexe 4 du décret en exclut. Et les délais sont suspendus tant que le dossier est incomplet.

Ce que l'administration doit faire, et ce qu'elle ne peut pas

C'est la partie du décret qui sert le plus, et la moins connue. Elle donne des droits opposables dès le dépôt du dossier, au titre de son article 8.

  • Elle doit délivrer un récépissé indiquant la date de dépôt et l'inventaire des pièces remises. Réclamez-le : c'est lui qui fait courir les délais.
  • Elle doit vérifier le dossier dès réception et vous demander par écrit de le compléter dans un délai maximal de dix jours de travail. Au-delà, elle ne peut plus invoquer un dossier incomplet pour suspendre les délais.
  • Elle ne peut imposer aucune procédure, condition ou pièce qui ne soit prévue par le décret ou par une loi spéciale.
  • Elle ne peut pas prolonger les délais.

Voir aussi : la feuille de route d'une implantation · vos dividendes sont-ils transférables ? · le coût d'une filiale en Tunisie · normes tunisiennes et IFRS · nos missions d'expertise comptable.

Sources : loi n° 2016-71 du 30 septembre 2016 portant loi de l'investissement, Journal officiel n° 82 du 7 octobre 2016, lue intégralement ; décret gouvernemental n° 2018-417 du 11 mai 2018, Journal officiel n° 38, articles 3 à 11. Le décret a été modifié par le décret présidentiel n° 2022-317 du 8 avril 2022, dont nous n'avons pas lu la version consolidée : les articles cités relèvent du mécanisme, non des annexes. Page d'information générale, qui ne constitue pas une consultation.