Audit

Rapport du commissaire aux comptes : réserve, refus, et le rapport nul

Le code des sociétés commerciales dit précisément ce que le rapport doit contenir, et frappe de nullité celui dont les réserves sont ambiguës.

Le mandat

L'article 266 charge le commissaire aux comptes de vérifier les livres, la caisse, le portefeuille et les valeurs, de contrôler la régularité et la sincérité des inventaires et l'exactitude des informations du rapport du conseil, de certifier la sincérité et la régularité des comptes annuels et de vérifier périodiquement l'efficacité du contrôle interne, le tout à l'exclusion de toute immixtion dans la gestion.

Trois positions, pas quatre

L'article 269 impose de déclarer expressément que le contrôle a été effectué conformément aux normes d'audit d'usage, et que les comptes sont approuvés expressément, approuvés sous réserves, ou désapprouvés.

Le rapport nul

Est réputé nul et de nul effet tout rapport qui ne contient pas un avis explicite ou dont les réserves sont présentées d'une manière ambiguë et incomplète. Un rapport illisible n'est pas un rapport faible : il est juridiquement inexistant.

Signaler et révéler

L'article 270 impose de signaler à l'assemblée générale les irrégularités et inexactitudes relevées, et de révéler au procureur de la République les faits délictueux, sans que la responsabilité du commissaire puisse être engagée pour révélation de secret professionnel.

Les responsabilités

Au pénal, un à cinq ans d'emprisonnement et une amende de 1 200 à 5 000 dinars pour informations mensongères données sciemment ou non-révélation des faits délictueux. Au civil, responsabilité envers la société et envers les tiers. Voir aussi notre audit et commissariat aux comptes et les conventions réglementées.

L'analyse complète

Un banquier qui instruit un dossier de crédit, un actionnaire minoritaire, un acquéreur en due diligence : tous reçoivent le rapport du commissaire aux comptes, et beaucoup s'arrêtent à la dernière phrase. Or le code des sociétés commerciales dit précisément ce que ce rapport doit contenir, et il prévoit une sanction que presque personne ne connaît.

Ce que la loi confie au commissaire aux comptes

L'article 266 définit le mandat. Le commissaire aux comptes vérifie les livres, la caisse, le portefeuille et les valeurs de la société. Il contrôle la régularité et la sincérité des inventaires, ainsi que l'exactitude des informations données sur les comptes dans le rapport du conseil d'administration ou du directoire.

Il certifie la sincérité et la régularité des comptes annuels conformément à la loi relative au système comptable des entreprises, et il vérifie périodiquement l'efficacité du système de contrôle interne, obligation ajoutée par la loi n° 2005-65 du 27 juillet 2005.

Le même article pose une limite qui explique bien des malentendus : ces vérifications s'opèrent à l'exclusion de toute immixtion dans la gestion. Le commissaire aux comptes ne juge pas l'opportunité des décisions, il se prononce sur les comptes qui en rendent compte.

Les trois positions possibles

L'article 269 est explicite. Le commissaire aux comptes doit déclarer expressément dans son rapport qu'il a effectué son contrôle conformément aux normes d'audit d'usage, et qu'il :

  • approuve expressément les comptes ;
  • les approuve sous réserves ;
  • ou les désapprouve.

Il n'existe pas de quatrième voie, et surtout pas de formulation intermédiaire qui laisserait le lecteur juge. Ce qui nous amène à la règle la plus méconnue du texte.

Le rapport nul et de nul effet

« Est réputé nul et de nul effet, tout rapport du commissaire aux comptes qui ne contient pas un avis explicite ou dont les réserves sont présentées d'une manière ambiguë et incomplète. »
Article 269, alinéa 2, modifié par la loi n° 2005-65 du 27 juillet 2005.

Autrement dit, un rapport prudent au point d'être illisible n'est pas un rapport faible : il est juridiquement inexistant. Une réserve doit être explicite et complète, c'est-à-dire indiquer ce qui est en cause et, autant que possible, son incidence.

Pour un banquier, la conséquence est pratique : un rapport dont on ne parvient pas à dire, après lecture, si les comptes sont approuvés, approuvés sous réserves ou désapprouvés, ne remplit pas la fonction que la loi lui assigne.

Les délais et le cas de plusieurs commissaires

  • Le rapport est présenté dans le mois qui suit la communication des états financiers au commissaire aux comptes.
  • Si le conseil d'administration ou le directoire modifie les états financiers pour tenir compte des observations du commissaire, celui-ci rectifie son rapport en conséquence.
  • En cas de pluralité de commissaires et de divergence entre leurs avis, ils rédigent un rapport commun qui indique l'opinion de chacun. La divergence ne se règle pas par une moyenne, elle s'affiche.

Ce que le commissaire aux comptes doit signaler, et révéler

L'article 270 impose deux obligations distinctes, souvent confondues.

D'une part, signaler à l'assemblée générale les irrégularités et les inexactitudes relevées au cours de la mission. C'est une obligation d'information des associés.

D'autre part, révéler au procureur de la République les faits délictueux dont il a eu connaissance, sans que sa responsabilité puisse être engagée pour révélation de secret professionnel. C'est une obligation d'ordre public, qui prime sur le secret auquel il est par ailleurs astreint.

Quand le commissaire ne peut plus exercer

L'article 268 prévoit le cas de l'empêchement. Le commissaire aux comptes qui se trouve dans l'impossibilité d'exécuter sa mission doit en avertir la société et lui restituer, dans le mois qui suit la date de l'empêchement, les documents en sa possession, accompagnés d'un rapport motivé. Il en avise le conseil de l'Ordre des experts-comptables de Tunisie dans le même délai.

Un départ sans rapport motivé n'est donc pas un simple retrait : c'est un manquement, et un signal pour quiconque reprend le dossier.

Ce que le commissaire aux comptes risque

Deux régimes se superposent.

Au pénal, l'article 271 punit d'un emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de mille deux cents à cinq mille dinars, ou de l'une de ces deux peines, tout commissaire aux comptes qui aura sciemment donné ou confirmé des informations mensongères sur la situation de la société, ou qui n'aura pas révélé au procureur les faits délictueux dont il a eu connaissance.

Au civil, l'article 272 le rend responsable, tant à l'égard de la société qu'à l'égard des tiers, des conséquences dommageables de ses négligences et fautes.

Cette responsabilité envers les tiers est ce qui donne au rapport sa valeur pour un banquier ou un acquéreur : ce n'est pas une opinion de complaisance adressée au seul client.

Comment lire un rapport, en pratique

  • Cherchez d'abord la phrase d'opinion, et vérifiez qu'elle emploie l'un des trois termes de la loi. Son absence est en soi une information.
  • Lisez les réserves avant la conclusion. Une réserve chiffrée se traite ; une réserve qui décrit une incertitude sans en mesurer l'effet appelle une question.
  • Regardez la date. Un rapport signé longtemps après la communication des états financiers indique souvent une discussion qui a duré.
  • Vérifiez les rapports spéciaux. Le rapport sur les conventions réglementées accompagne le rapport général : son contenu dit beaucoup sur les relations entre la société et ses dirigeants.
  • Comparez d'une année sur l'autre. Une réserve qui disparaît sans explication mérite autant d'attention qu'une réserve qui apparaît.

Ce que nous faisons

Nous exerçons le commissariat aux comptes et nous accompagnons aussi les banques, les investisseurs et les acquéreurs qui doivent interpréter un rapport avant d'engager des fonds. Lire correctement une réserve évite souvent une décision coûteuse.

Voir aussi notre audit et commissariat aux comptes, les seuils de désignation d'un commissaire aux comptes et notre article sur les conventions réglementées.

Article d'information générale rédigé par MGI BFC à partir du texte du code des sociétés commerciales, articles 266 à 272, dans leur rédaction en vigueur. Il ne constitue pas un conseil.